28 mai 2009
Me retrouver... au détour du chemin
Ma valise est prête, je la contemple depuis tout à l’heure.
Elle est neuve, elle me plait.
Elle est rose.
Rose fille…
Je suis contente. Non pas heureuse, juste contente de partir.
Le temps de quelques petits jours, prendre le large.
J’ai un besoin infini de prendre du recul, de mettre fin à mes monologues intérieurs, de m’éloigner avec le quotidien stressant et déstabilisant de ces derniers jours.
Un temps pour recharger mes batteries avant ce mois de juin qui s’annonce à bien des égards chargé.
Professionnellement, avec l’arrivée du RSA, avec le mois et demi de retard imposé dans le traitement administratif de mes dossiers, avec un prochain séminaire d'équipe qui fixera nos prochains objectifs « négociés » pour l'année à venir, avec plusieurs formations aussi.
Je la regarde cette valise et tout ce que j’ai mis dedans.
Le purement matériel et le reste.
Le reste dont je souhaite me départir.
Je pense à ces quelques jours et je me dis qu’il va me falloir mettre de la douceur dans la relation que j’entretiens avec moi, me regarder avec un peu de compassion, m’excuser des violences que je me suis infligée ces derniers temps.
Parce que ce n’est pas trop grave en soi, parce que je ne suis qu’humaine et donc faillible.
La montagne pour tenter de trouver le chemin.
Je pense à vous, si présents ici. Merci.
Je vous embrasse et vous laisse pour quelques temps…
27 mai 2009
13/ Notule poétique du mercredi soir, 20 h
"J'ai parfois, j'ai souvent, par malignité, dit d'autrui plus de mal que je ne pensais et, par lâcheté, dit plus de bien que je ne pensais de beaucoup d'oeuvres, livres ou tableaux, par crainte d'indisposer contre moi leurs auteurs.
J'ai parfois souri à des gens que je ne trouvais pas du tout drôles et feint de trouver spirituels des propos niais.
J'ai feint de m'amuser, parfois, alors que je m'embêtais à mort et que je n'avais pas la force de m'en aller parce qu'on me disait : reste encore...
J'ai trop souvent permis à ma raison d'arrêter l'élan de mon coeur. Et, par contre, alors que mon coeur se taisait, j'ai trop souvent parlé quand même.
J'ai parfois, pour être approuvé, fait des sottises. Et, par contre, je n'ai pas toujours osé faire ce que je pensais devoir faire mais savais ne devoir être pas approuvé."
André Gide, in "Les nouvelles nourritures"
http://ithaque-coaching.over-blog.com/article-31409592.html
26 mai 2009
Je vais le faire...
Je dois me rendre à l’évidence, je vis (très) largement au dessus de mes moyens. Douloureux constat que celui ci, absolument. D’aucuns pensent que j’ai :
a/ gagné au loto
b/ été augmentée
c/ hérité d’un oncle d’Amérique
d/ tapé dans l’œil d’un émir d’Arabie Saoudite
Rien de tout ça, évidemment…
En conséquence, pour retrouver mon « ancien » train de vie, je vais devoir vendre ma voiture qui parle. Vous avez bien lu, celle qui me rendait fière, bras sur la portière, fenêtre ouverte, cheveux aux 4 vents MAIS qui me coûte la peau des dents et donc un trou abyssal dans mon budget. C’est un crève cœur (pas moins) mais je dois m’y résoudre. « On » m’a dit une fois que la grandeur de notre véhicule est à la hauteur des rêves que nous avons pour notre vie (non, c’est pas de Confucius)… Ben voilà, z’avez tout compris…
Je vais m’engager. Si. Il y a des mois que ça dure, que j’en parle que je réfléchis :
- politique ? non décidemment, personne ne me donne envie de me rallier à un parti quel qu’il soit. La gauche se confond avec la droite et inversement. Pas de programme convaincant, pas d’idées qui me donnent envie de dire OK j’y vais, je fonce, parce que j’y crois.
- syndical ? idem, les uns et les autres campant sur des acquis, sur des positions que ne me semblent plus de mise dans la configuration du monde actuel.
- les grandes causes « de société »… il y a pléthore d’assos et peu de lisibilité je trouve.
Me reste ce qui me tient à cœur. Probablement les femmes victimes de violence et pourquoi pas le parrainage d’une famille ou d’enfant en difficulté. Evidemment, si je fais comme à chaque fois, l’année prochaine, à la même époque, vous me trouverez avec des envies très identiques non réalisées (c’est l’effet printemps…). En conséquence, n’hésites pas, cher lecteur, chère lectrice, à me rappeler méchamment à l’ordre. Si, si, ce qui est dit et dit.
Je vais prendre des cours de langue. ETRANGERE (je sais c’est facile !!!!) Plus exactement reprendre des cours d’allemand. Mon niveau est juste peinlich. C’est une super motivation pour me rendre enfin, un jour, à Berlin.
Je vais reprendre des études. Je ne sais pas lesquelles, je ne sais pas sous quelle forme mais ça trotte. C’est un peu comme pour l’engagement pour une cause. Je signe un pacte solennel, si d’ici 6 mois, vous ne voyez rien apparaître, je vous autorise encore une fois à venir m’alpaguer ici.
Depuis le départ (tragique) de Julie (ma coiffeuse), j’ai décidé de changer de coupe. Si. Je potasse à mort les coupes de l’été pour être « in » et « hype ». L’autre défi, sera de trouver la nouvelle perle de rare qui règnera sans partage sur mon cheveu (ouaip, je ne mets pas ma chevelure entre toutes les mains moi !). C’est pô gagné !
The last but not least, je vais m’acheter un maillot de bain. Je sais, c’est con, je vais pas à la plage. C’est juste pour le challenge. Juste pace qu’y en a marre de ces filles plein les magazines avec leurs maillots, le sable fin et les cocotiers qui vont avec. Mon maillot, je le mettrai le soir, en rentant du boulot. Juste pour moi. Voilà :p
24 mai 2009
Life
Laisser traîner et s’entasser les choses. Dans la cuisine, la salle de bains, sur le bureau. Aimer ce joyeux fatras, ne pas s’en offusquer, remettre au lendemain, encore et encore.
Se balader le matin dans la (relative) fraîcheur. A l’ombre des arbres, dans les bois, monter un peu et toujours s’émerveiller de la vue offerte vers la Grande ville.
Me retrouver pour des moments d’échanges complices entre amies. Dans mon clan de filles. Celui dans lequel on se retranche, on vient puiser. Boire un coup, se faire une balade, rire, se moquer, profiter (mais sans dépenser).
Ecrire frénétiquement des lettres, avec la peur de ne pas assez dire l’amour, l’admiration, le bonheur de les (s)avoir là. Et avoir le courage de les envoyer.
Avoir (encore) une longue conversation (sérieuse) avec ma douce et angoissée de mère. Ecouter ses inquiétudes, la rassurer, encore.
Demander, que dis-je implorer, qu’elle ne me regarde non plus comme sa grande enfant mais comme la femme que je tente de devenir. Tenter de transformer cette relation si compliquée parfois et si limpide souvent, si fusionnelle et si lointaine. Nous quoi. Dire inlassablement que je ne ressemblerai pas à son rêve, de fille parfaite dans un couple parfait, avec des petits enfants parfaits et le chien qui va avec.
Une famille qui part en vacances l’été en VVF et aux sports d’hiver en février, dans son coupé. Une fontaine à eau dans le salon, des serviettes de bains assorties à la couleur de la salle de bain. Je ne porterai pas à mes doigts des cailloux offerts par mon époux à la naissance de nos (merveilleux) enfants. Je ne serai pas cette femme là, il y aura toujours ces aspérités qui font qui je suis…avec un certain bonheur (assumé).
Lui demander de ne pas me regarder avec ce qui me semble être de la pitié parfois, lui dire que je ne peux pas gérer ses angoisses à elle, qui la renvoie vers cette vie rêvée que je n’ai pas puisque ce n’est pas la mienne.
Exiger d’être acceptée, soutenue sur le chemin, telle que je suis. Pour moi, pour elle. La regarder pleurer et sourire en même temps, me tendre la main pour me dire, quelque chose qui ressemble à un « tu as raison ».
Me rendre sans grande conviction à cette soirée d’anniversaire et retrouver pourtant tout ce que j’aime. La tranquillité du soir, la simplicité de l’instant, nos souvenirs et emportements communs. Etre avec eux, me laisser aller (à boire BEAUCOUP de pétillant), rire fort, déconner (bref être un peu pompette) et me sentir enfin légère.
Mai, c’est la période du repas ensemble. Un rituel que nous avons instauré il y a peu. Un rituel qui me plait parce qu’il est choisi et non imposé. Un moment avec ce côté de la famille dont je me sens proche. Et là, ce mot de famille revêt tout ce que j’aime à y mettre. Nos liens, nos souvenirs, notre attachement les uns pour les autres. J’intègre ce moment avec bonheur, alors qu’il y a bien longtemps que j’ai déserté tous les autres, avec cette famille qui n’en n’a que le nom.
Je regarde ce cousin tant aimé, au milieu de sa (très) bruyante tribu. Et pense, toujours, que j’aurai aimé avoir un frère comme lui. Qui se moque, qui conseille, qui défend, qui gronde un peu. Nous avons sur la tard construit une relation, que je ne saurai définir. Nous nous envoyons des mails, sur des sujets d’actualité qui nous tiennent à cœur, nous échangeons sur nos métiers respectifs, nous partageons au gré de ses RDV des repas pris vite faits sur le pouce. Une présence, une figure, une autre, importante.
Terminer le Gavalda (encore un). « La consolante ». Se prendre d’amitié pour Charles, d’affection pour la rebelle Mathilde et aimer la forte Kate. Ressentir pour cet homme, une certaine tendresse, perdu entre son passé et le chemin à prendre pour se construire un avenir heureux. Eprouver de la compassion pour lui qui se débat avec ses contradictions, l’accompagner jusqu’à la décision finale. La meilleure, celle qui rend heureux...
I will show you something different from either
Your shadow at morning striding before you
Or your shadow at evening rising to meet you
I will show you your fear in a handful of dust.
T.S. ELIOT
22 mai 2009
Louis
Il pourrait être mon père.
Il est mon ami.
Notre rencontre est improbable et ce lien qui s’est tissé au fil du temps, plus encore.
Industriel, reconverti dans le social, il vit chaque chose et chaque moment avec la curiosité et la gourmandise d’un adolescent, il a eu 1000 vies, qui m’émerveillent.
Il possède, je crois, les qualités que j’aurais aimé trouver chez mon père.
Il écrit des livres, il peint et dessine, il voyage.
Passionné de peinture, il a fondé une association qu’il mène tambour battant, il se démène pour qu’elle vive. Il inaugure, il alpague les politiques, il met en place des séjours culturels pour « ses » adhérents.
Il s’intéresse à des artistes, lorsqu’il se sent prêt, « réceptif » comme il aime à le dire, et apprend tout sur le sujet. Il y a eu Monet, puis Van Gogh et Matisse.
Il court alors les musées, dévore des livres pour faire corps avec l’artiste, se rend même sur les lieux où ils ont vécu.
Ma vie rassurante, mon travail, sont autant d’éléments qu’il souhaiterait voir s’appliquer à sa fille fantôme, qu’il n’a pas eu la chance de voir grandir.
Ensemble nous allons au musée, au restaurant, nous nous offrons des livres.
Nous parlons de tout, de rien, de ces choses petites et grandes qui font nos vies.
Nous évoquons nos « nôtres », mon père, sa fille, justement et des amis communs.
Seul point de divergence entre nous. La politique, que nous avons l’un et l’autre la courtoisie de ne jamais aborder.
Il écoute avec respect et effacement mes silences.
Il ne juge jamais, bouscule parfois mais avec bienveillance.
En cas de tempête, quand il sent que je suis prête à plier, il me dit « viens ».
Alors, comme aujourd’hui, je rassemble mes affaires et je vais…
20 mai 2009
Free style
4 années d’un accompagnement chaotique.
Des rendez-vous toujours très pleins. Pleins d’elle, de ses craintes, de ses angoisses.
Puis finalement des missions, une, puis deux, puis trois.
Et le secret espoir qu’elle puisse enfin tenir un poste de longue durée.
Un poste que nous finissons par trouver.
Je la sens prête.
Elle hésite un peu, je mets cela sur le compte du doute perpétuel qui l’anime.
Tout s’enchaîne très vite, entretien réussi, tests réussis et enfin la prise de poste.
En une semaine nous bouclons le processus.
J’y crois et même le premier jour, je pense à elle, souvent.
Et voilà qu’aujourd’hui j’apprends qu’elle n’a pas tenu.
Impossible de la joindre bien sûr, d’en échanger avec elle…
Et le sentiment d’être passée à côté de quelque chose, de n’avoir pas su insuffler le nécessaire.
Elle arrive stressée.
Des marques sur les bras découverts.
Les marques de points de suture.
Son ex mari l’a tailladée à plusieurs reprises.
Non content de l’avoir fait venir en France, de lui avoir fait miroiter monts et merveilles, il a utilisé cette femme des mois durant comme objet de sa perversité.
Comme une vulgaire chose.
Elle a eu le courage de fuir, de construire ailleurs et de nouveau ce sale type qui la poursuit pour la faire flancher.
Nous travaillons ensemble à la construction d’un nouveau projet professionnel, que bien sûr elle n’est pas capable de mener à bien actuellement.
Il la suit en voiture, se poste sous ses fenêtres, la harcèle au téléphone.
Qui sont ces hommes qui pour exercer un pouvoir ont besoin d’utiliser de manipuler des femmes, leurs femmes, qu’ils s’acharnent à détruire, parce qu’elles osent revendiquer une place, la leur, celle qui leur est due. Sont ils assez faibles et déséquilibrés pour n’avoir que ça à faire, en toute latitude.
Je m’insurge contre ces services de police qui ne savent pas trouver les mots, qui attendent du sang pour bouger.
Je me révolte contre les associations qui font des entretiens téléphoniques à des femmes en pleurs, qui ont besoin de trouver des refuges, un abri, pour se poser un peu, souffler et trouver le courage de repartir.
Puisque ce sont toujours les femmes qui trouvent ces forces là, contre vents et marées, déracinées, dans un pays où elles n’ont ni parents, ni amis.
Alors, nous avons stoppé l’entretien.
Et je l’ai laissé pleurer toutes les larmes de son corps, secoué de hoquets de larmes.
Puis, je l’ai accompagnée jusqu’à l’arrêt du tram et j’ai attendu avec elle.
Avant de monter, elle a pris ma main et l’a serrée fort.
A la fin de la journée, j’ai pris ma voiture.
J’ai ouvert les 2 fenêtres avant et j’ai mis la musique à fond.
Ma musique d’antan.
De la musique arabe.
J’ai roulé vite, très vite, droit devant.
Comme le font ces jeunes, plein d’assurance et d’aisance, une main sur le volant que je fustige parfois.
J’ai laissé entrer l’air, j’ai respiré fort ma liberté.
Et j’ai adoré ça.
18 mai 2009
Instants solubles
Futiles, prenants ces instants sont volatiles, vite dissous dans le tourbillon du quotidien…
La colère
Contre moi lorsque je jette un œil (et un œil seulement) à mon compte en banque. Rouge. Encore et toujours… Trop d’envies, trop de choses à offrir, trop de moments à savourer…
Contre le système qui nous impose à un mois de l’entrée en vigueur du RSA, de changer de logiciel informatique, absolument pas opérationnel et qui nous inflige, déjà plusieurs mois de retards dans le suivi de nos « dossiers ». Pourquoi investir tant d’argent dans un logiciel alors que le précédent fonctionnait très bien et donnait toute satisfaction. En ces temps de crise pour nos suivis, alors que nos salaires ne sont pas augmentés, de tels investissements me paraissent indécents.
Contre cette personne, avec laquelle je dois travailler 3 mois durant, qui ne partage pas du tout ma philosophie d’accompagnement et avec laquelle il faut toujours utiliser des pincettes sous peine de débordements en tous genres.
Le renoncement
A ce week end ensemble, pour qu’elle puisse s’aérer un peu l’esprit, qu’elle voit d’autres choses.
Le bonheur
D’échanger, de partager toujours, avec Meilleure Amie des instants si forts. Toujours très courts mais intenses, qui se renouvellent à chaque fois. Le sentiment parfois étrange qu’elle me connaît mieux que moi-même. Le bonheur d’avoir une si belle personne dans ma vie.
La déception
Ce film tiré d’un livre que j’avais beaucoup aimé. Un film qui pour moi n’est pas à la hauteur de l’ouvrage. Un ouvrage qui décrit un amour brûlant, de ces sentiments ineffables tant ils sont forts et balaient tout sur leur passage. Auteuil, est un acteur magnifique, il me semble qu’il peut tout jouer, toute la carte des émotions, tous les registres.
Néanmoins, je suis déçue et j’ai l’impression que seuls les mots peuvent décrire la passion et que les images ne sont que bien pâles en comparaisons de ceux ci. Déjà, j’étais restée sur ma faim avec la précédente adaptation du livre « Ensemble c’est tout ».
La jalousie
Pendant la projection au cinéma, à côté de moi, ce couple. Elle a sa tête délicatement posée sur son épaule. Il a sa main dans la sienne…
La découverte
Qui dit nouvelle voiture, dit nouveau garagiste. Hallucinant de voir comment travaillent ces réparateurs d’une nouvelle ère. Je m’étais arrêtée (pauvre ignorante que je suis) à un monsieur en bleu de travail, tout tâché, avec du cambouis sur les mains qui tend son coude pour te serrer la pince. Mon garagiste d’avant, il prenait le temps de me parler de mon véhicule, comme d’un bien commun, de me donner des conseils et surtout de m’engueuler quand j’avais fait des bêtises (selon lui). Et j’appréciais ça je dois dire.
Mon garagiste d’aujourd’hui, lui, porte un badge « technicien » écrit dessus. Il est vêtu d’un costume et d’une cravate et ses mains sont (presque) aussi claires que les blanches miennes. C’est un homme occupé qui possède sa propre secrétaire « rattachée à l’atelier ». Un atelier immense, qui grouille de monde, dont le sol est d’un luisant douteux. Mon véhicule on me l’emmène, on me demande de patienter autour d’un café et on me le ramène 30 min plus tard (évidemment, il m’aura fallu de fois plus de temps pour prendre RDV pour la bête) en me tendant avec le sourire une note salée de 130 euros. Les temps changent...
15 mai 2009
Enfouis dedans
Les sentiments.
Toutes ces émotions que je voudrais voir s'exprimer, toutes ces paroles que je voudrais pouvoir prononcer, toutes ces choses qui se bousculent à la porte de mes lèvres mais ne sortent pas.
Un filtre, devant, absorbe tout.
Pour remplacer les mots, le regard, le geste, ou l’infini silence.
Ils sont nombreux, ceux que je laisse se débrouiller avec ce vide imposé.
C'est plus fort que moi.
J’apprends à dire, j’apprends à exprimer mais il me faut encore du temps.
Pardon…
13 mai 2009
Droit d'auteur
Je ne sais pas très bien pourquoi j’ai choisi ce titre, sans doute parce que je voudrais vous les rendre vivants.
Vous donner leurs noms, vous montrer leurs visages, les sortir de l’anonymat ou des noms collectifs qu’on leur attribue aujourd’hui, associés aux noms de leurs entreprises. Les « Conti » et autres « Cater ».
Car ils sont un.
Je voudrais vous les faire connaître, vous faire entrer dans le bureau forteresse qui est le mien. Venir partager avec nous ce temps où ils se racontent parfois avec force et violence. Car, il me semble que le vrai est là, que je le touche du doigt concrètement, avec et grâce à eux.
Je commencerais à vous parler de lui.
Un Kosovar. Abîmé par la guerre. Non pas physiquement mais totalement détruit psychologiquement, à l’intérieur. Une guerre qui a fait de lui un fantôme, une ombre. Un homme qui pourtant, en 3 ans a appris parfaitement la langue française, s’est familiarisé avec les rouages du système pour obtenir un travail. Seule planche de salut pour lui. Un travail pour retrouver une dignité, pour exister ici et se réinventer une nouvelle vie, pour gagner sa place. Je vous dirais les mois que nous avons passé à avancer doucement, à tâtonner souvent sur le chemin de la confiance à reconquérir. Sur la longue route semée d’embûches, qui mène au travail.
Je vous dirais comment grâce à lui, j’ai découvert un autre visage de la France, jusqu’alors jamais complètement conscientisé. Ma France. Une France trop administrative qui perd, qui réclame des pièces, des justificatifs, des attestations, des originaux… Une France qui juge trop souvent, qui suspecte. Un système obscur que je vomis. Par son intermédiaire aussi, j’ai compris l’urgence. L’urgence à dire des mots simples et forts, quand on a tout perdu pour aller à l’essentiel, pour vivre au mieux cet instant présent si fugace.
Il me semble avoir traversé chacune des épreuves avec lui, que notre relation de travail s’est construite ainsi. Elle nous a mené à la connivence, au partage des espoirs et des angoisses, ensemble. Pourquoi avec lui, plus qu’avec un autre, j’ai repoussé les frontières que je m’impose, celles de la distance pour rester professionnelle et clairvoyante sur les situations. Pourquoi l’ai-je laissé m’appeler par mon prénom, s’inquiéter de ma santé, de la façon dont se sont passées mes vacances.
Sans doute parce que c’est lui…
Puis, je vous parlerais aussi de cette jeune femme, arrivée un jour dans mon bureau comme un oiseau tombé du nid. Toute frêle, perdue, fatiguée, les yeux débordants de larmes sitôt assise. Comme si sur cette chaise, elle avait trouvé un semblant de stabilité, un lieu de repos et de paix. Pourquoi m’a-t-elle à moi plus qu’à un ou une autre déposé tout cet amas de douleur. La violence familiale, physique, verbale, le manque d’amour, le rejet et les violences exercées par les autres.
Je ferais défiler les heures que nous avons passé à remonter le fil de son histoire, pour comprendre, relire. Tout ce temps à lui répéter la liste de ces qualités, de ces compétences, de la beauté enfouie. Et puis à force de patience, de confiance, l’oiseau qui a changé de plumage, s’est mue (un peu) et a osé . Oser la formation, oser s’habiller « en femme », oser avoir des ambitions.
Oui, je voudrais vous faire toucher du doigt la force de ces rencontres, celles qui me construisent aussi à travers mon travail, qui font un peu qui je suis.
12 mai 2009
12/ Notule poétique du mardi soir
"Les hasards de notre vie nous ressemblent".
Elsa Triolet